A contre courant...
Aujourd'hui, c'est au tour de Fernando Botero d'être à l'honneur sur ce blog. Un artiste - peintre et sculpteur - que j'avais découvert et apprécié aussitôt - malgré mon jeune âge et mon ignorance d'alors - au travers d'une exposition intérieur-extérieur que la ville d'Avignon lui avait consacré au début des années 90. Alors, depuis quelques temps, j'avais beau tenter de me remémorer la date exacte de cette rencontre visuelle avec cet artiste qui m'était encore inconnu en ce temps, je n'y parvenais guère...
Or, en m'arrêtant hier à la Bouquinerie du centre, bien connue des amateurs nantais de livres d'occasion en tous genre, ma mémoire a éprouvé un plaisir raffraîchissant à la vue du livre catalogue de cette exposition proposée au grand public durant l'été 93...
Pourquoi ce Botero m'a t-il tapé dans l'oeil. Peut-être parce que j'ai senti, alors que je n'avais que 14 ans (donc encore un peu ignorant des subtilités du monde de l'art) que cet artiste allait un peu à contre-courant du mode de représentation que l'on peut attendre, a priori, de tout artiste. Vous me rétorquerez à raison que c'est le propre de tout artiste d'être un original, de tracer sa propre ligne afin de se démarquer de ses pairs et de se faire remarquer par la même occasion...
Mais tout de même ! Représenter le genre humain avec des formes on ne peut plus généreuses et faire de ce type de représentation là un ethnotype généralisé à l'ensemble d'une oeuvre, cela a de quoi surprendre... Mieux, cela amuse !
Alors, si l'on se fie aux clichés, et à eux-seuls, c'est bien connu, les hommes et les femmes dotés d'un embompoint certain, ou d'un certain embonpoint ; bref, des "gros" pour celle et ceux qui se refusent à verser dans l'euphémisme, c'est rassurant et bienfaisant, cela respire le laisser-aller "gentillet"...
Mais je me suis toujours dit que le propos de Botero était d'aller plus loin, de nous montrer que les formes, cela importe aussi lorsqu'il s'agit d'art, que les canons de la beauté ne sont pas ceux que l'on croit et qu'il y a du beau dans la rondeur poussée jusqu'à la caricature. Car Botero caricature mais il le fait avec bienveillance et malice, jusqu'à nous faire aimer ces sujets virtuels, à les rendre "naturels", dans une société ou la quête du paraître tend à rejeter et à faire culpabiliser ce modèle de beauté là.
Botero, un artiste à contre-courant...
