L'art sans estomac
Il m'arrive, à la lecture de certaines tribunes, d'articles critiques, de m'exclamer en mon for intérieur : "eh bien, cette feuille là exprime totalement ce que je ressens ! " Et j'éprouve presque le regret de ne pas avoir eu le talent, la présence d'esprit ou l'à-propos nécessaire pour l'écrire moi-même. Ce sentiment a percuté ma raison en début de semaine, lorsque j'ai lu dans Le Monde 2 le courrier d'un lecteur, au sujet de l'ouverture de l'exposition "Where are we going", sise au Palais Grassi de Venise, propriété depuis peu du milliardaire français François Pinault, grand collectionneur d'art contemporain.
Comme je refuse de me livrer à tout plagiat, préférant écrire selon ma seule inspiration les articles que vous pouvez lire sur ce modeste blog, je vous livre ici un large extrait de ce courrier portant, au travers du cas Pinault, sur la situation de l'art dans notre société ; art devenu une monnaie d'échange comme les autres, avec tout ce qu'il faut de superficialité créatrice, de démagogie critique et de spéculation marchande. Un constat personnel que développe et exprime fort bien ce lecteur...
"Bravo au "Monde 2", bravo à Françaois Pinault pour son amour de l'art, les impôts non payés donc restitués au public. Mais franchement, quoi de neuf depuis Duchamp, Picasso et les surréalistes ? A quelques exceptions près, vides répétitions, plagiats, dérives inutiles, disciples soumis : rien de nouveau, rien d'inventif, rien de créatif. Rien de que de "l'art-gent". Il ne s'agit pas d'art mais de produits dits de luxe dans une économie spéculative. Rien là de très passionnant pour qui n'est pas ému par un taux d'intérêt, fût-il présenté sous le label "art". Des "créateurs" se font passer pour de grands artistes contemporains alors qu'ils ne sont dignes que d'un patronage de sous-péfecture ou de gags lycéens. supercherie. N'importe quel objet manufacturé semble bien plus artistique, même s'il n'en porte pas le nom. Et à l'image de l'art africain, au moins est-il abordable, utilitaire et riche de sens. De la misère de l'art, de la richesse de la spéculation. L'art n'en finit pas de mourir et d'exposer des cadavres sans vie [...]". Ivan Konen