Marchandage de la mémoire
J'en parlais pas plus tard qu'hier avec mes amis Djazia et Bruno : la vogue des docu-fictions prend de l'ampleur et l'on assiste de plus en plus à la mise en boîte, d'abord télévisuelle et désormais cinématographique, de catastrophes, d'enlèvements ou de faits terroristes.
La preuve en est donnée aux Etats-Unis par la sortie récente du film de Paul Greengrass - United 93 » - sur la révolte des passagers du vol 93 qui, reliant Newark, dans le New Jersey, à San Francisco, en Californie, s'est écrasé le matin du 11 septembre 2001 en Pennsylvanie. Un film qui va ans doute connaître un grand succès, au vu de l'audience rencontrée par les téléfilms déjà sortis autour du même thème. S'il a connu un bon accueil de la critique outre-atlantique, le film a provoqué – et c'est bien normal – l'émoi des familles des victimes, navrées que l'on mette en scène, si peu de temps après, le drame qui pèse encore sur elles. A se demander, et ce n'est pas la première fois que l'on se pose la question, si tout est permis pour faire du fric, même au pays de l'oncle Sam...
Si coup commercial peut rimer avec catharsis, cette purgation des passions - des souffrances ici en l'occurence ! - à laquelle tout américain aspire. J'en doute pour ma part et je ne suis pas le seul. Certes, Universal est une entreprise comme les autres, dont l'objectif est de faire du profit. Mais s'agissant des auteurs et du réalisateur, quelles peuvent être leurs motivations à mettre en scène une tragédie dont on sait l'impact dans les consciences, les conséquences politiques et géopolitiques ? Préférer l'artifice à l'outil pédagogique, il y a de quoi s'interroger sur la pertinence de certains choix : cette façon qu'ont certains de matérialiser le passé immédiat et d'interpeller nos esprits...