L'histoire était son combat

Publié le par Thomas

Il ne m'aura pas fallu plus d'une journée pour achever la lecture de l'ouvrage L'histoire est mon combat, entretiens avec Dominique Bourel et Hélène Monsacré paru aux éditions Albin Michel. Peut-être parce que le personnage au centre desdits entretiens est un certain Pierre Vidal-Naquet, grand historien et helléniste mort l'été dernier ; disparition qui ne m'a pas laissé de marbre dois-je dire, tant les positions de cet intellectuel aussi érudit que pointilleux et engagé ne me laissaient et ne me laissent pas indifférent.



Si sa spécialité était la Grèce antique, à laquelle il a consacré tant d'ouvrages, j'ai avant tout connu cet historien à travers son engagement militant dans la sphère du contemporain. Les assassins de la mémoire reste pour moi une oeuvre phare si l'on en vient à se pencher sur la question du négationnisme et tous ces Faurisson and Cie envers lesquels notre homme ne mâchait pas ses mots, démontant une à une leurs thèses les plus fumeuses, avec pédagogie et mordant.

Vidal-Naquet, c'est aussi cette lutte pour la reconnaissance de la torture commise durant la guerre d'Algérie, à une époque où le mensonge d'Etat était la règle et le courage de remuer cette mémoire guère monnaie courante.

Que laissent transparaître ces entretiens ? Une personnalité érudite et complexe, assoifée par la quête de vérité et la mise en avant, pour ce faire, de documents souvent irréfutables ; une personnalité partie prenante du débat sur les rapports entre Histoire et mémoire, sur la place de l'Histoire dans la Cité, l'indépendance que la discipline historique se doit de garder face à l'Etat,  en opposition donc à toutes les lois mémorielles, toutes les injonctions si ce n'est celles de l'indépendance d'esprit, de la rigueur dans la méthode. Un historien dont les parents furent déportés à Auschwitz  mais qui s'est toujours refusé à verser dans le communautariste restrictif des BHL et autes Finkielkraut, gardant une certaine hauteur de vue face à toutes vélléités ou débordements sionistes : bref, un esprit critique et indépendant, celui du grand historien qu'il fut et qu'il reste et dont ce livre retrace l'esprit brillant, la méthode sans concessions, l'amitié pour certains de ses pairs.
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Publié dans initialestb

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