Honte de la Republique (1)

Publié le par Thomas

Ce titre est inspiré d'un documentaire diffusé sur Canal + le 14 novembre dernier ; un documentaire consacré aux prisons que je n'ai malheureusement pas pu regarder...

La prison "à la française" n'est pas la seule des hontes dont notre Republique est porteuse, fort malheureusement. Mais elle me donne l'occasion d'entamer, à l'échelle du simple citoyen que je suis, un passage en revue somme toute personnel de toutes ces failles qui caractérisent depuis trop longtemps notre société, sans que celle-ci - ceux qui la dirigent donc - ne daigne prendre le taureau par les cornes, trop engluée qu'elle est - malgré les efforts louables de quelque-uns, souvent issus du milieu associatif - dans l'inertie et l'indifférence mêlées. La France, pays développé, puissance occidentale devrait avoir honte, oui...

La prison est un domaine qui m'intéresse depuis déjà quelques annnées déjà, à l'intérieur d'un thème plus global, celui de la criminalité. J'avais songé, alors étudiant en Histoire, à faire mon mémoire de maîtrise autour de la criminalité infantile au début du XXe siècle. Les travaux étant déjà fort nombreux sur le sujet, je m'étais rabattu sur une autre de mes marottes : le totalitarisme.

Je dois avouer que la parution du témoignage de Philippe Maurice De la haine à la vie a sonné pour moi comme l'élément déclencheur de mon intérêt pour ce domaine. Philippe Maurice, condammé à mort  le 28 octobre 1980 pour le meurtre d'un policier - peine commuée en perpétuité par le président Mitterrand quelque mois plus tard -  a "profité" de ses années de prison pour devenir docteur en Histoire et membre du CNRS depuis sa libération conditionnelle en 2000. De La Haine à la vie, un témoignage des plus lucides et au combien pertinent sur l'univers carcéral.

J'avais embrayé par la suite avec l'ouvrage de Véronique Vasseur, Médecin chef à la prison de la santé. Témoignage accablant sur l'état sanitaire des nos prisons, sur l'état psychiatrique de la plupart de nos détenus, aussi dangereux soient-ils...

...Puis sur l'ouvrage de Jeanne Buissou Des murs et des hommes, rendant compte de son expérience comme visiteuse de prison à la Santé quatorze ans durant. Témoignage remarquable de mesure, de lucidité  et de compréhension des rouages souvent sordides de cet univers clos.

Voir qu'en 2006, l'état de nos prisons est aussi épouvantable  et que cette situation perdure depuis aussi  longtemps me sidère, même s'il ne titille guère mon étonnement.

- Surpopulation chronique de 22 % au 1er décembre 2005, aggravée par les lois Perben et l'activisme de Sarkozy... Plus 25 % en quatre ans ! Une logique carcérale quelque peu en contradiction avec les déclaration gouvernementales mettant en avant une baisse de la délinquance et de la criminalité...

- L'insécurité. Si le délinquant  - ou supposé délinquant lorsqu'il se retrouve en détention provisoire - n'est plus source d'insécurité pour la société, il devient victime de cette même insécurité au sein même de la prison : agressions, viol, toxicomanie sont en effet quelque peu banalisés derrière  ces murs de ces enceintes grillagées. Si l'on en vient à se pencher sur l'avancée du sida, il y a longtemps que la sonnette d'alarme aurait due être enclenchée !

- Le suicide dont la prévention touche bien souvent au pathétique. Une grande majorité des détenus souffre de problèmes psychologiques ou psychiatriques avancés, problèmes qui sont bien souvent à l'origine des actes ayant conduit à leur incarcération. On se contente bien souvent et dans le meilleur des cas de les bourrer de psychotropes. Une démarche à même d'être psych-analysée !  Au vu des actes d'automutilation, des suicides en progression constante (122 en 2005), il serait temps de mettre sur la table quelques moyens...humains !

- Une réinsertion à inventer ! Partant du principe que la prison finit pour certains à déboucher sur la liberté, il s'agirait peut-être de permettre à tout détenu de se former, de travailler et par là même se socialiser... Et apprendre ainsi une certaine forme d'auto-discipline.

Pour l'heure, c'est le bruit, la saleté, la promiscuité, la maladie, le sentiment d'être traité pire que des chiens qui prédominent.

Est-il né le ministre de la Justice qui osera ouvrir les yeux sur cette situation là, une sorte d'enfer à quelque pas de chez nous qui fait que notre pays est régulièrement dénoncé au niveau des autorités internationales compétentes pour les traitements qu'elle inflige à sa population carcérale ?


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Publié dans initialestb

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