Télé-Police-Réalité
Voyez, ces derniers temps, comment notre information, toutes chaînes confondues, prend, dès lors qu'il s'agit de traiter de l'insécurité dans nos banlieues, des airs de Droit de savoir. Oui, vous savez, cette émission poubelle de la chaîne Bouygues, qui, lorsqu'elle ne traite pas de la prostitution sur le périph' extérieur, du dernier concours de strings mouillés au camping de Palavas-les-flots ou encore des couples échangistes en mal de sensations masochistes aborde avec entrain et gourmandise - cette dernière étant inversement proportionnelle à toute déontologie journalistique, précisons-le d'emblée - le thème des "quartiers" et des divers trafics ou violences s'y rattachant. Seules les conséquences de la ghettoïsation de ces lieux dits "chauds" intéresse Le Droit de Savoir ; pour les causes, vous repasserez lors du prochain siècle, à moins qu'une secousse tellurique ne fendille l'immeuble TF1 de Boulogne et ne provoque en Charles Vlleneuve, producteur et présentateur de cette daube audiovisuelle une salvatrice prise de conscience quant à ses errements de "journaliste". Oui, Charles Villeneuve a une carte de presse....
Mais je m'égare.... A trop vouloir fouetter la médiocrité, le petit blogueur s'éloigne de son sujet... Quoique ! Je disais donc plus haut que l'information façon "Droit de savoir" s'invitait dans nos JT au sujet de l'insécurité. Ces derniers temps, les forces de Police ont été quelque peu malmenées lors de leurs petites virées plus ou moins avisées ou de leurs interpellations quelque peu hasardeuses ou peu précautionneuses... Vous l'avez compris, que cela soit justifié ou non, avec le ministre de l'Intérieur que nous avons, c'est un peu la loi du Talion qui nous est servi au 13h... comme au 20h ! Qui plus est à sept mois d'une présidentielle qui risque encore de nous servir le même plat qu'en 2002.
Dans cette optique, les médias jouent leur rôle comme dans le plus mauvais des rêves : accélérateurs d'effets simplificateurs sur les consciences. La police organise de bon matin une virée dans tel ou tel quartier ? Coup de fil passé aux diverses rédactions et nuée de caméras pour accompagner nos forces de l'ordre dans leur petite balade aux aurores. Devant son écran, le spectacle en devient grotesque, comme une émission de télé-réalité de mauvais goût ; et aucun média ou presque à l'exception de deux ou trois jounaux nationaux pour échapper à cette traque en rase-pâquerettes. J'avais pour ma part l'impression - vous allez penser que j'ai trop d'imagination - qu'à la place du bélier, c'était une caméra que le préposé à l'enfoncement projetait contre la porte-blindée. Il aurait entonné "Police, ouvrez ! vous êtes filmés !" que personne n'y aurait trouvé à redire dans l'assemblée matinale des assoiffés de sensations au pied levé. Le Droit de savoir ? Non non, le journal télévisé ! Alors, lorsque j'entends que notre police semblait gênée par tant de présence et d'attention, cela me fait sourire... N'ont-ils pas les moyens d'empêcher tout ce petit monde de pénéter dans le hall des immeuble, de gravir les escaliers et de se poster sur chaque palier ?
Alors, certes, pour le commun des mortels et devant un tel spectacle, la police agit, intervient, va chercher tous ces malfrats dans leur lit...
Bon, cela ne marche pas à tous les coups hein ! Concernant la dernière opération en date.... UNE interpellation. Quant aux erreurs d'apartements et portes défoncées on ne sait trop dans quel dessein, aux gosses pas encore en maternelle qui se retrouvent nez à nez avec un Robocop casqué et armé, c'est presque Bagdad Café !
Et si les forces de l'ordre agissaient sans ce sur-éclairage qui n'a pas lieu d'être et qui nuit tant à leur action qu'à leur image ? Et si les journalistes faisaient leur boulot, qu'ils décryptaient au lieu de verser dans le brut de décoffrage sur l'air du "en veux-tu en voilà !" ?
Et le devoir de savoir ?