Benoît, qu'as-tu fait de ton baptême ?
Mine de rien, ce Benoît XVI est un collectionneur ! Depuis son investiture en avril 2005, le successeur de feu Jean-Paul II, dont on pouvait au moins reconnaître les accointances pour le dialogue oecuménique, opère son petit aggiornamento, mais non sans heurts ! Et c'est bien là que se situe le point d'accroche, dans un monde ou les imbrications entre politique et religion vont grandissantes, alimentant par là même le terreau des tensions, voire du fanatisme !
Déjà, et avant même d'en revenir à l'actualité des derniers jours écoulés, l'actuel souverain pontife avait attribué, dans son discours du 28 mai 2006 à Auschwitz-Birkenau, la reponsabilité de l'holocauste à un "simple groupe de criminels", nous livrant là une conclusion pétrie d'un archaïsme ou l'euphémisme le dispute à l'aveuglement doctrinal. Qu'un homme aussi cultivé que l'ancien cardinal Ratzinger ignore alors ou feint d'ignorer les conclusions les plus récentes de l'historiographie d'un pays dont il est originaire laisse pantois ; sachant qu'Il n'y a plus d'historien digne de ce nom pour remettre en cause aujourd'hui la responsabilité collective du peuple allemand ayant porté Hitler au pouvoir !
Autre dérapage, moins remarqué celui-là puisqu'il s'agit en quelque sorte de "cuisine interne" à l'Eglise catholique : la réintégration de quelques adeptes de feu Mgr Lefebvre, auxquels Benoît XVI a donné le droit de dire la messe exclusivement en latin et d'échapper aux contrôles des evêques locaux. Jusque-là, vous me direz.... Mais voilà, parmi ces religieux réintégrés figure un specimen de premier choix, l'abbé Philippe Laguérie, dont initiés et observateurs ont souvenir des formules "extrême-droitisantes". Notre homme, célébrant en 1996 en l'église Saint-Nicolas-du Chardonnet - fief intégriste - les obsèques de l'ancien milicien Paul Touvier avait qualifié dans son sermon ce dernier "d'âme délicate, sensible et nuancée", ne reprochant qu'une seule chose au régime de Vichy " Ne pas avoir affiché un catholicisme intégral"... S'agssant, sur le premier point, du premier français condamné en 1994 pour crimes contre l'humanité pour des actes commis en tant que chef de la milice lyonnaise lors du second conflit mondial, cela laisse songeur... Et lorsque l'on sait que le pape ne s'est pas contenté de réhabiliter ce brave homme mais l'a promu à la tête d'un institut pontifical du Bon Pasteur, chargé d'accueillir les curés fondamentalistes, on finit par se demander si Jean-Paul II n'avait pas, dans ses derniers mois, alors bien mal en point, plus de facultés de jugement que son prédécesseur n'en a à l'heure actuelle !
Car vient le clou du spectacle, la dernière sortie du numéro XVI - je vous le concède, un sacré numéro ! - le 12 septembre, à l'université de Ratisbonne. Il est certain que l'on aurait aimé que notre bon pape sonne l'hallali contre l'islamisme, l'intégrisme, les rapports néfastes entre politique et religion... Non, au lieu d'une harangue qui aurait été pourtant la bienvenue, le sieur Benoît nous ressort un bon vieux dialogue du XIVe siècle - à chacun ses classiques et petits plaisirs de la vie ! - entre un empereur Byzantin dont j'ai oublié le nom et un lettré persan : "Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau. tu ne trouveras que des choses mauvaises ou inhumaines, comme sa prescription e défendre avec le glaive la foi qu'il prêchait".... Pas très malin en cette époque post-11septembre ! Eh puis, c'est vrai quoi, en ce temps là, la chrétienté, rien à se reprocher, l'ode à la joie perpétuelle si l'idée nous prend d'évoquer bûchers de l'inquisition et croisades quelque peu sanguinaires...
Benoît XVI a depuis jugé bon - s'est contenté en somme ! - de dire que cette citation n'exprimait en rien sa pensée personnelle... Encore heureux dis donc car quelques dizaines de millions de musulmans mécontents dans la rue, c'est tout de même plus préoccupant qu'une Gay Pride par ci, une autre par là, non ? En attendant que le chef de l'Eglise catholique recouvre ses - saints - esprits...