Dimanche 17 août 2008
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La chapelle du rosaire dite chapelle Matisse a l'air de rien, il est vrai. Et son architecture, simple, se remarque à peine, je ne vous le fais pas
dire, même à 10 mètres, c'est vous dire ! S'il n'y avait pas cette immense croix en fer forgé qui l'achève à la verticale, on passerait presque devant sans ciller. Mais voilà, cette petite chapelle
qui ne paye pas de mine cache bien son jeu, autant vous le dire ! Sa pré-histoire est délicieuse de simplicité et de confiance de par l'amitié que celle-ci porte en germe. Son histoire, "l'oeuvre
de toute une existence", le "résumé de toute sa vie active" selon les termes de son inspirateur et concepteur, Henri Matisse, vaut bien que l'on s'y attarde quelques instants
Vous aurez par là deviné que tout amateur d'art, tant soit peu nourri d'un minimum de curiosité se doit de faire le "pélerinage" et découvrir par là même cet édifice érigé de 1949 à 1951 pour le
couvent des dominicains.
La "pré-histoire" donc, pour commencer. C'est en grande partie de l'amitié entre Henri Matisse et Monique Bourgeois qu'est née cette chapelle, sa décoration tout du moins ; car il ne faut pas
oublier non plus le maître d'oeuvre du bâti, à savoir l'architecte Auguste Perret (1874-1954), maître du béton armé !
Matisse, qui rencontrait déjà quelques problèmes de santé dans l'entre-deux-guerres, était venu se soigner du côté de Vence. Le créateur de "La Danse", plus facétieux qu'il n'y paraît sollicita
l'aide d'une "jeune et jolie infirmière" pour l'y aider... Miss Bourgeois, 21 ans au compteur, plutôt amatrice d'art, décrocha le poste et noua au fil du temps un relation solide de confidente et
de modèle.
Mais voilà, la guerre vint les séparer. Si au lendemain de cette dernière, Matisse était toujours Matisse, Miss Bougeois se faisait désormais appeler soeur Jacques-Marie, dominicaine de son -
nouvel - état. Cela ne l'empêcha néanmoins pas de se rappeler au bon souvenir de son illustre tuteur et c'est ainsi que naquit l'idée de construire une chapelle pour le couvent, soeur Jacques Marie
jouant les intermédiaires avec sa communauté. Pour Matisse, toujours plus près du seigneur au fil des années post-seconde guerre mondiale, il y avait là une occasion de parachever en toute
quiétude, en toute liberté une oeuvre déjà bien dense qui l'amenait de plus en plus avec l'âge vers le dépouillement.
L'artiste, s'il ne participa guère à son inauguration du fait de sa maladie, eut néanmoins l'occasion d'écrire :
« Je n'ai pas cherché la beauté, j'ai cherché la vérité. Je vous présente en toute humilité la chapelle du Rosaire des dominicaines de Vence… Cette œuvre m'a demandé quatre années d'un travail
exclusif et assidu. Elle est le résultat de toute la vie active… Je la considère, malgré toutes ses imperfections, comme un chef-d'œuvre ».
Comme toute oeuvre avant-gardiste, la décoration de cette Chapelle défraya un peu la chronique en son temps... Pas de quoi troubler la tranquille bonhomie de son créateur....
Intermède...
Les photos proscrites ? Le Toto n'eut aucune hésitation à braver l'interdit. Une règle simple à mon esprit depuis que j'ai pris goût aux visites : toute maison du seigneur est libre de
droits, donc de photos ; ce qui ne m'a pas empêché d'acheter deux cartes postales du lieu-dit à une soeur dominicaine dont le regard frétillait à chaque sortie de monnaie sonnante et
trébuchante. La marchandisation des lieux saints à des limites que le coût de l'entrée devrait selon moi couvrir, interdictions photographiques comprises, mais enfin... Revenons-en à ce qui
nous intéresse ici.
La chapelle comporte deux nefs convergentes, l'une pour les religieuses - l'autel que vous observez est légèrement orienté vers celle-ci - et l'autre pour les laïcs, d'où je prends ce premier
cliché.
Vous pouvez observer ici les vitraux au teintes jaunes, vertes et bleues qui s'inspirent de motifs végétaux. On y voit le cactus, dont la résistance s'avère être un écho pertinent au chemin
de croix, placé de l'autre côté.
.
Sur un fond de céramique blanche apparaissent trois dessins du maître :
Saint Dominique, fondateur de l'ordre des dominicains. Une représentation très dépouillée - comme tout ce qui couvre les murs de cette chapelle - puisque Saint Dominique est traditionellement
representé muni d'une croix, d'un livre et d'un globe terrestre. Matisse résolut l'équation à sa façon : un visage vierge de toute expression, un livre avec une croix en minuscule.
Le chemin de croix et ses quatorze stations : Jésus devant Pilate ; Jésus portant la croix ; Jésus
tombe pour la première fois ; Jésus rencontre sa mère ; Simon de Cyrène aide Jésus ; le voile de Véronique ; Jésus tombe pour la deuxième fois ; Jésus rencontre les Saintes Femmes ; Jésus tombe
pour la troisième fois ; Jésus est dépouillé de ses vêtements ; Jésus est cloué sur la croix ; Jésus meurt sur la croix ; Jésus
est déposé de la croix ; Jésus est mis au tombeau.
Alors oui, d'aucuns pourraient se dire que cela n'est pas bien beau, pas esthétique pour un sou, que Matisse est décidemment bien à la peine à ce stade de son existence. Que la couleur, si
représentative de l'art chez cet artiste, s'est faite la malle en cours de route. Mais voilà, tous au piquet ! Car, dès 1951, Matisse a souhaité mettre les choses au point en précisant,
grosso modo, qu'il n'avait en rien cherché à peindre en architecte du beau mais avec le seul souci de représenter en toute humilité une réalité, celle de la souffrance du Christ, avec ce tragique
contraste entre le noir et le blanc, la vie et la mort.
La vierge et l'enfant
Une affiche éditée à l'occasion du cinquantenaire de la chapelle, avec qui vous imaginez au centre de l'attention....
Et pour finir, cet échange entre Matisse et Picasso, dont on connaît les liens, relationnels et picturaux, bien mis en avant il y a quelques années lors d'une exposition au Grand Palais :
« Mais pourquoi faites-vous ces choses-là ? Je serais d'accord si vous étiez croyant. Dans le cas contraire, je pense que vous n'en avez moralement pas le droit » (Picasso à
Matisse, à propos de la Chapelle du Rosaire)
.« Je lui ai dit, à Picasso : « Oui, je fais ma prière, et vous aussi, et vous le savez très bien : quand tout va mal, nous nous jetons dans la prière, pour retrouver le climat
de notre première communion. Et vous le faites, vous aussi ».Il n'a pas dit non.
« Au fond, Picasso, il ne faut pas que nous fassions les malins. Vous êtes comme moi : ce que nous cherchons tous à retrouver en art, c'est le climat de notre première communion ».
(Réponse de Matisse à Picasso)
Publié dans : initialestb
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